Récits Féministes. Part 2





Par: Etna Torres



Je suis une femme, d’origine mexicaine. Je suis arrivé en Belgique en novembre 2016. Les raisons qui ont motivé ma migration sont une autre histoire. L’histoire que je veux vous raconter aujourd’hui est probablement un des passages les plus importants de ma vie. Cette histoire a aiguisé mon regard sur la société et le système hétéropatriarcat.


En 2019, depuis 3 ans et demi sans un contrat de travail stable, j’ai décidé de commencer une formation en photographie à l’École Agnès Varda, école de promotion sociale avec des cours du soir. Comme beaucoup d'autres aventures, celle-ci est commencée sans savoir où est-ce qu’elle allait m’amener.


Lors de la pandémie de COVID et les premiers confinements en 2020, j’habitais en colocation, 4 femmes et 4 hommes. Marjolaine, Madelaine et Carol elles m'ont ancré dans les idéaux du féminisme. Mais cela est aussi une autre histoire. La première partie du récit dont je veux vous parler se situe à la fin de la deuxième année de la formation, en 2021.


C’est vrai, cela ne fait pas si longtemps. Cependant, les changements en moi sont clairs, maintenant je me revendique féministe.


Il est important pour moi de vous partager ce récit à deux voix, celle d’un autre élève, Mathis, mon allié et la mienne. Car mon regard et son regard se complètent. Il me semble important aussi, non seulement de vous partager les faits, sinon aussi nos réflexions et ressentis, car les émotions ont été mises de côté dans le système hétéropatriarcat.

+Attention, les noms des certains personnes ont été changé.


L’école


Après avoir réfléchi sur ce qui c'était passé et défini mes attentes, je décide de mettre la main à la pâte.


Réflexions sur le fonctionnement de l’école, le féminisme et la photographie.


En discutant avec Mathis, on a constaté qu'il manquait un service d'assistance aux personnes victimes de harcèlement. En tant qu'élève, nous n’avons pas eu de séances de sensibilisation/information par rapport au harcèlement.


La nudité dans la photographie, le rapport au corp et le rapport modèle-photographe ( majoritairement et historiquement femme-homme ) se sont des sujets qui n’ont pas été abordé au long de notre formation.


On a constaté que le nombre de femmes photographes enseignantes à ce moment-là était inférieur au nombre d’hommes photographes enseignants (2 vs 4). De plus, en troisième et dernière année aucune femme ne donnait cours, cette année précèdant l’arrivée dans la profession . S’ajoute à cela, une des 2 enseignantes, allait réduire le nombre d’heures données à notre école. Le nombre d’enseignantes allait encore diminuer.

En première année, nous avons reçu une liste référente de photographes. Elle est censée nous accompagner au long de notre formation. Avec cet outil nous parcourons l'histoire de la photographie et nous y trouvons des inspirations. Nous avons observé que cette liste est composée majoritairement d’hommes.


Nos propositions vs les résolution de la direction Avec l’appui d‘une membre de l’équipe de l’école et ces constat/réflexions en tête, nous avons organisé une série de rdv avec le directeur et la sous-directrice. Les objectifs de ces rdv étaient de faire connaître les agressions et les discriminations liées au genre, et de mettre en place des moyens afin de contrer ces inégalités. Premièrement, par urgence nous avons abordé le sujet du harcèlement au sein de l’école. Après nous être documentés sur les différents services existants dans les autres écoles de Bruxelles.


Nous voulions proposer la fondation d’un service d’aide aux personnes victimes de harcèlement, avec une équipe psycho-éducative. Les objectifs de ce service auraient été : - Donner des séances obligatoires de sensibilisation/informations aux étudiant.es, professeur.res, à l'équipe administrative sur le harcèlement, afin de pouvoir l’ appréhender et l’éviter. - Avoir un endroit safe où les personnes victimes peuvent être entendue et reconnue dans leurs histoires - Aider à porter plainte auprès de la direction. Afin que la direction puisse avoir connaissance des faits et prenne en charge la situation.

En plus de ce service, nous avons demandé qu’un dialogue soit enclenché entre la direction et Yves et Jean et que des mesures/sanctions soient prises.

Une séance de sensibilisation a été organisée par la direction, cet événement a été pris en charge par l’ASBL “le Souffle”. Cette séance était externe aux heures de cours, et n’a pas été obligatoire. Seulement le professeur (Yves) était présent parmi les personnes ayant harcelé. À l'heure actuelle, le service pour les victimes de harcèlement que nous avons proposé n’a pas été mis en place. Après avoir insisté auprès de la direction, un dialogue a été fait entre le directeur et Yves, cependant Yves continue d’enseigner. Des autres personnes ont signalé des comportements dangereux de la part de Jean, nous ne savons pas si des mesures ont été prises.


Deuxièmement, concernant la parité. L’école étant à la recherche d’une nouvelle personne formée en photographie. Nous étions plusieurs à soutenir l’idée que la nouvelle personne engagée soit une femme. Et que les enseignantes de l’école aient des heures en troisième année. Enfin, nous souhaitions une remise en question concernant les références données en termes d’histoire de la photographie. Aujourd’hui nous comptons une enseignante de plus dans l’équipe pédagogique, cependant, en troisième année de la formation en photographie il n’y a toujours que des hommes photographes pour donner les cours.


Avec l’intention de proposer une intervenant extérieur sur le thème de la parité, Mathis et moi avons contacté Nafi YAO de l’ASBL Women We Share. Le sujets abordés ont été pil poil ce que nous avons cherché, cet-à-dire : Les opportunités de travail en tant que femme photographe et le rapport “model-photographe”. L’intervention que Cécile et Nafi ont fait à l’école a été très enrichissante et nous espérons que cette thématique soit abordé dans les années avenir dans l’École.


Concernant la remise en question de références photographiques, nous espérons qu’un travail sera enclenché entre la direction et les professeur.e.s.

“Pour se faire entendre par la direction, plusieurs rdv ont dû avoir lieu, sous réclamations de notre part, il a été difficile de faire prendre conscience de la douleur liée aux discriminations faites envers les femmes. Nous avons le sentiment d’avoir pû faire évoluer une potentielle prise de conscience, ce n’est rien comparé aux moyens dont les victimes auraient besoin. Malgré que notre formation soit finie, nous souhaitons que le travail continue, et qu’il n’y ai pas de retour en arrière concernant la considération des victimes de harcèlement, la place des femmes au sein de l'équipe enseignante, et la place des femmes photographes dans l’histoire de la photographie”




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