Récits / Parcours / Histoire d'une photographe féministe

Dernière mise à jour : 8 juin





Introduction



Je suis une femme, d’origine mexicaine arrivée en Belgique en novembre 2016. Les raisons qui ont motivé ma migration sont une autre histoire. Celle que je veux vous raconter aujourd’hui est probablement l’un des passages les plus importants de ma vie, celui qui a aiguisé mon regard sur la société et le système hétéropatriarcal.


Ma construction féministe s’est poursuivie pendant ma cohabitation avec Marjolaine, Madelaine et Caroline. Leurs réflexions ont nourri mes convictions et m'ont ancrée dans les idéaux du féminisme. Mais cela est aussi une autre histoire.


En 2019 et depuis 3 ans et demi sans un contrat de travail stable, j’ai décidé de commencer une formation en photographie dans une école de promotion sociale bruxelloise. Comme beaucoup d'autres aventures, celle-ci a commencé sans savoir où elle allait me mener.


Il est important pour moi de partager ce récit à deux voix, celle d’un autre élève, Mathis, mon allié, et la mienne. Car mon regard et son regard se complètent. Et pour sortir du système hétéropatriarcal, nous partagerons non seulement les faits mais aussi nos réflexions et nos ressentis. Attention, les noms de certaines personnes ont été changés.


La première partie de ce récit débute en 2021 à la fin de ma deuxième année de formation.


L’école, partie 1



Mathis.-

Jean a commencé par faire ses réglages lumières, pendant ce temps je me suis déshabillé en gardant mon caleçon. Quand il a tout installé, il m'a demandé de le retirer. Jean était mal à l'aise, il ne prononçait ni les mots verge, ni le mot sexe. Les poses qu'il m'a demandées étaient inspirées de statues d'hommes grecs. Je me suis dit : “ En fait, il veut me rendre viril ».


A la fin du shooting, il m'a fait comprendre qu'il avait des difficultés à trouver des modèles genrées femmes, et m'a demandé si j'en connaissais. J'ai répondu que Etna, qui a travaillé la nudité en photos, pourrait potentiellement en connaître.


Etna.-

J'étais dans le couloir quand Mathis est sorti de son shooting de nu.

Quelques jours avant, Jean m'avait proposé d'être présente lors de cette séance et cela sans le consentement de Mathis. Cette proposition a accentué la méfiance que j'avais à l'égard de Jean et je me suis demandé “devrais-je la partager avec Mathis?”.


En première année, vu le contexte pandémique, Jean et moi suivions les mêmes cours à distance. Sans prétexte, Jean s’autorisait à m'envoyer régulièrement des messages, utilisant des excuses liées au cours et en profitant pour me proposer un verre, ce que j’ai à plusieurs reprises refusé “je ne le sentais pas”.


Par la suite, d’autres étudiantes, toutes d’origine étrangère, certaines proches m’ont avoué avoir subi la même approche et les mêmes propositions.


Jean est même allé plus loin avec Nadine. En lui envoyant, comme elle me l’a expliqué, une photo de sa verge. Elle était bouleversée, écoeurée, blessée.


Dans le couloir, Mathis m'a demandé si je n'avais pas dans mes contacts des modèles femmes pour le projet de Jean. “Projet dont nous ne connaissons toujours pas les intentions”. Vu ce que je savais de Jean, j’ai répondu, “Non “! Je lui ai alors confié mes raisons et mes ressentis. Son écoute bienveillante m’a apporté le courage de partager un autre élément vécu avec Yves, l’un de nos professeurs lors d’un atelier.


Mathis.-

Quand Etna me raconte cette histoire, je suis choqué. J’ai réalisé que je ne connaissais ni Jean, ni Yves.

En même temps, je me souviens que j'avais déjà certains a priori vis-à-vis de Jean. Il ne m'avait pas l'air sensibilisé à certains sujets liés au féminisme :


Au cours, une étudiante avait réalisé un travail sur une campagne de sensibilisation concernant le harcèlement et les violences sexistes sur le lieu de travail. Elle citait plusieurs chiffres, et expliquait dans quelles conditions naissent ces phénomènes. Jean est venu me trouver pour me dire : «Et les meufs qui frappent leur mecs, ça on n’en cause pas...» Je pense qu’il venait chercher une complicité, due au genre qu’il m'attribue.


Yves, quant à lui, fait souvent des “blagues” déplacées en tout genre (concernant des femmes ou des personnes d'origines étrangères à la Belgique). Il m'a rapidement mis mal à l’aise.


L’histoire de Etna me touche. Je décide de lui proposer un café afin d’en discuter plus en profondeur et lui proposer mon soutien.


Etna.-

Avant de parler avec Mathis je n'avais pas réalisé la gravité des actes d'Yves :

Pendant le cours, au local d'impression, je me suis levée pour aller chercher du matériel. Yves, mon professeur, qui était derrière moi, me dit “ Ah tu as maigri », je n’ai pas réagi à ce commentaire sur mon corps et j’ai poursuivi mon travail, en me déplaçant dans l’atelier. Rapidement, Yves s'est à nouveau retrouvé derrière moi à me toucher les hanches de ses doigts “Je n'ai pas su quoi dire” .


Dans d'autres occasions, Yves m'avait déjà fait me sentir mal à l'aise avec ses commentaires du genre « tu bois de la tequila avant les cours ? c’est pour ça que tu fais de belles photos » “Je me suis demandé s' il ne s’agissait pas d’un comportement passif-agressif”.

Pendant notre conversation, je prends conscience de la situation qui doit changer et je réalise que je ne peux pas rester sans rien faire. Mais je m'aperçois aussi que sans outils ou accompagnement, nous sommes démunies et plus encore face à une institution.

J'ai aussi été soulagée d’avoir exprimé mes ressentis et d’avoir trouvé en Mathis un allié pour m'accompagner et me soutenir.

Nous sommes sortis de ce café avec un plan d'attaque. Depuis je me revendique féministe…

A suivre…

Etna TORRES QUIROZ et Mathis BUSTAMANTE


Références


Harcèlement moral : de quoi s’agit-il ?

Le harcèlement moral est un acte répété à l’encontre d’un individu. Souvent, il s’accompagne d’une volonté de nuire à la personne ciblée. Sa définition permet déjà d’avoir un aperçu de sa portée :

D’après la loi, le harcèlement moral regroupe des actions abusives lancées répétitivement à l’encontre d’une personne durant un certain temps dans le but de nuire à la personne. Les actes répertoriés portent atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité de l’individu dans la vie professionnelle ou personnelle.


Le harcèlement sexuel :

Il correspond à un ensemble de gestes, d’attitudes et de paroles ayant une connotation sexuelle et étant susceptible de porter atteinte à la dignité et à l’intégrité, morale et/ou physique, d’une personne et créant un environnement hostile, humiliant, dégradant ou offensant.


Agnès Varda

Biographie et podcasts

Signalement de comportement inapproprié

http://www.victimes.cfwb.be/

https://www.sosviol.be/


Guide pour les témoins des comportements inappropriés

https://www.mediarte.be/fr/dossiers/bien-etre/comportement-inapproprie/comment-reagissez-vous-en-tant-que-temoin-a-un


Hétéropatriarcat (h muet)\e.te.ʁo.pa.tʁi.jaʁ.ka\ masculin

Domination de genre masculin et de l’hétérosexualité sur les autres genres et orientations sexuelles.

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/heteropatriarcat


Nos événements


Rencontres |


Samedi 4 juin 2022 de 14h à 17h30 | Le Meet & Greet #2

L’ASBL et certaines de ses membres, vous donnent rendez vous et invitent:

Jemima fondatrice et co-directrice de Women in art nous parlera de son parcours et des activités de Women in art

Et Cindy Vandermeulen de Courgette Éditions, qui nous parlera du livre d'art et de la chaîne de l'édition.


Jeudi 16 juin 2022 dès 19h

Conférence organisée au Mundaneum, en collaboration avec le collectif Women We Share


Quelle place pour les femmes dans le sport ? | Rencontre avec Lola Mansour, judokate et auteure.

De nombreux mouvements dénoncent les discriminations que subissent les femmes, le sport n’a pas échappé à la libération de la parole.


Quel est la situation des femmes dans le milieu sportif en Belgique ? | Lola Mansour nous fera part de son expérience en tant que Judokate qui dénonce le sexisme dans le sport avec balance ton sport.


+ Gratuit mais réservation obligatoire par ici


21 juin 2022 de 18h30 à 21h30 | Conférence au Mundaneum, organisée en collaboration avec le collectif Women We Share: « Prendre son corps et sa santé en main; chemins de libération individuels et collectifs »

Disposer librement de son corps est une réalité récente pour les femmes.

Avec l’arrivée de la contraception libre depuis les années 70, la dépénalisation partielle de l’avortement en 1990, les femmes ont peu à peu découvert une sexualité libre et opté pour la maternité consciente . Pourtant, il y a encore des progrès à accomplir pour le corps et la santé des femmes. La libération sexuelle s’accompagne-t-elle réellement de changements ? Lesquels ?


Conférence gesticulée par Catherine Markstein, médecin, suivie d’un échange avec Fabienne Richard, sage femme, membre de la plate-forme citoyenne pour une naissance respectée et directrice du GAMS Belgique.

Gratuit mais sur réservation par ici


Nos expositions:


Retrouvez une sélection de portraits issus de l'œuvre Légitimes au cours de l'exposition: “Portraits de femmes. Des récits pour une Histoire”

du 31/03/2022 - 31/08/2022 au Mundaneum

Tout public, prix : 7€/5€/2€

Cliquez ici


Nos ateliers à venir:

L’abc de la photographie ou comment sortir du mode automatique?:

Vous avez acquis un joli reflex rempli de jolis boutons, mais malheureusement vous ne savez pas vous en servir.

Durant 4h00, Nafi Yao vous fera découvrir les grandes fonctions de base de votre appareil photo.

Vendredi 24 juin de 14h00 à 18h00.


L'abc de la photo de portrait en studio:

Envie d'apprendre et de comprendre les principes de base de la lumière en studio adapté au portrait? Laissez vous guider par notre photographe, Cécile Quenum, vers la découverte de la photographie en studio.

Samedi 25 juin de 10h à 16h


Vous souhaitez nous rejoindre, grandir avec nous, ou nous faire un don:

Vous souhaitez rejoindre notre club photo: womenweshare@gmail.com

Vous souhaitez acheter le livre Légitimes,ou nos autres articles.



66 vues0 commentaire